Livres

Bure, la bataille du nucléaire

Gaspard d’Allens, l’un des auteurs devait venir présenter son livre-enquête Bure, la bataille du nucléaire lors du dernier festival Ecol’Aube. Il s’est désisté quelques jours avant, n’étant plus à l’aise pour parler de la situation et préférait rester vigilant lors de ses prises de paroles publiques. Quelques jours plus tard, Gaspard d’Allens a été jugé sans être présent, sans avocat et sans même avoir été prévenu par le tribunal de Bar-le-Duc.

Un sarcophage gigantesque censé tenir des dizaines de milliers d’années! C’est au nom de ce projet fou, qui serait le plus grand chantier d’Europe, que Bure, entre Meuse et Haute-Marne, se transforme en zone grillagée et quadrillée de gendarmes. Pour l’industrie nucléaire, ce territoire relégué serait l’exutoire ultime des déchets radioactifs qui s’accumulent et dont elle ne sait que faire.

Dans cette enquête où l’engagement vécu se mêle au regard journalistique, Gaspard d’Allens et Andrea Fuori n’écrivent pas un livre de plus sur le nucléaire, mais l’histoire en train de se vivre d’une rébellion déterminée contre la violence du monde industriel. Ils révèlent aussi les méthodes manipulatrices des nucléaristes, et la façon dont l’Etat achète les consciences pour imposer le silence. Le combat vaut d’être mené : ce récit impétueux et pourtant réfléchi convainc qu’il est possible de faire reculer les puissants.Plutôt que la contamination radioactive, parier sur la contagion joyeuse d’une force de résistance.

Notre-Dame-des-Landes d’Hervé Kempf

Le livre idéal pour tout ceux qui veulent en savoir plus sur le projet d’aéroport à Notre-Dame-des-Landes et du combat politique mené par les zadistes.

Autour d’un projet d’aéroport au nord de Nantes se joue la plus grande bataille écologique française des années 2010. Par quelle alchimie une lutte ancienne dans le bocage breton est-elle devenue l’emblème d’une contestation globale du « développement économique » et le théâtre d’une nouvelle façon de vivre et de faire la politique ? C’est ce qu’explique ce récit captivant, nourri de reportages et d’une profonde empathie avec les acteurs de cette aventure passionnante.

Ce livre propose aussi le dossier précis de l’histoire du projet, montrant que le soulèvement de Notre-Dame-des-Landes esquisse les contours d’une politique revenue à la démocratie, qui replace au premier plan la question agricole, la lutte contre l’effet de serre et une vision libertaire de la vie commune.

Comment les riches détruisent la planète ? d’Hervé Kempf

Pour la première fois dans notre histoire, le dynamisme de l’espèce humaine se heurte aux limites de la biosphère. Nous devons relever le défi, magnifique mais redoutable, d’orienter différemment l’énergie humaine.

Or une classe dirigeante cupide fait obstacle à ce changement de cap. Elle n’est animée d’aucun idéal, ne délivre aucune parole mobilisatrice et prétend que la seule voie possible est celle qui accroît toujours plus la richesse.

Cette représentation du monde est aveugle. Elle sous-estime la gravité de l’empoisonnement de la biosphère et consent à dilapider les chances de survie des générations futures. Pour l’auteur de ces pages incisives, on ne résoudra pas la crise écologique sans s’attaquer à la crise sociale. Elles sont intimement liées. Ce sont aujourd’hui les riches qui menacent la planète.

Un ouvrage très intéressant qui s’attaque aux responsables des catastrophes écologiques à venir. Pour sauver la planète, les gestes individuels ne peuvent suffire, il faut aussi pointer les véritables responsables et les structures qu’il faut combattre.

Une autre fin du monde est possible de Pablo Servigne, Raphel Stevens et Gauthier Chapelle

Vivre l’effondrement (et pas seulement y survivre).

Pablo Servigne est l’un des auteurs les plus importants de la collapsologie. De plus en plus d’écologistes – chercheurs, penseurs – admettent que nous allons vers un effondrement. Pablo Servigne aide à penser celui-ci, à l’accepter et à s’y préparer.

La situation critique dans laquelle se trouve la planète n’est plus à démontrer. Des effondrements sont déjà en cours tandis que d’autres s’amorcent, faisant grandir la possibilité d’un emballement global qui signifierait la fin du monde tel que nous le connaissons.
Le choix de notre génération est cornélien : soit nous attendons de subir de plein fouet la violence des cataclysmes à venir, soit, pour en éviter certains, nous prenons un virage si serré qu’il déclencherait notre propre fin-du-monde-industriel.
L’horizon se trouve désormais au-delà : imaginer la suite, tout en se préparant à vivre des années de désorganisation et d’incertitude. En toute honnêteté, qui est prêt à cela ?
Est-il possible de se remettre d’un déluge de mauvaises nouvelles ? Peut-on simplement se contenter de vouloir survivre ? Comment se projeter au-delà, voir plus grand, et trouver des manières de vivre ces effondrements ?
Dans ce deuxième opus, après Comment tout peut s’effondrer, les auteurs montrent qu’un changement de cap ouvrant à de nouveaux horizons passe nécessairement par un cheminement intérieur et par une remise en question radicale de notre vision du monde. Par-delà optimisme et pessimisme, ce sentier non-balisé part de la collapsologie et mène à ce que l’on pourrait appeler la collapsosophie…

L’entraide de Gauthier Chapelle et Pablo Servigne

Dans cette arène impitoyable qu’est la vie, nous sommes tous soumis à la « loi du plus fort », la loi de la jungle. Cette mythologie a fait émerger une société devenue toxique pour notre génération et pour notre planète.

Aujourd’hui, les lignes bougent. Un nombre croissant de nouveaux mouvements, auteurs ou modes d’organisation battent en brèche cette vision biaisée du monde et font revivre des mots jugés désuets comme « altruisme », « coopération », « solidarité » ou « bonté ». Notre époque redécouvre avec émerveillement que dans cette fameuse jungle il flotte aussi un entêtant parfum d’entraide…

Un examen attentif de l’éventail du vivant révèle que, de tout temps, les humains, les animaux, les plantes, les champignons et les micro-organismes – et même les économistes ! – ont pratiqué l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus.

Pourquoi avons-nous du mal à y croire ? Qu’en est-il de notre ten­dance spontanée à l’entraide ? Comment cela se passe-t-il chez les autres espèces ? Par quels mécanismes les personnes d’un groupe peuvent-elles se mettre à collaborer ? Est-il possible de coopérer à l’échelle internatio­nale pour ralentir le réchauffement climatique ?

À travers un état des lieux transdisciplinaire, de l’éthologie à l’anthro­pologie en passant par l’économie, la psychologie et les neurosciences, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle nous proposent d’explorer un im­mense continent oublié, à la découverte des mécanismes de cette « autre loi de la jungle ».

Nous aurions dû rester des singes de Gaël Derive

Gaël Derive, 40 ans, docteur ès sciences, est aujourd’hui l’un des experts les plus actifs et les plus engagés sur les questions de dérèglement climatique, auteur de deux documentaires dont « Une planète et une civilisation (2012) » projeté par Ecol’Aube festival le 3 octobre 2014. Une planète et une civilisation (2012). L’auteur a osé sortir des rapports scientifiques pour aller éprouver les effets déjà bien réels du dérèglement climatique. De ces rencontres à travers toute la planète, le scientifique revient bouleversé, avec cette certitude : si l’on veut éviter à l’humanité de demain la précarité alimentaire, l’absence d’eau potable, l’errance climatique et l’extension des violences, il faut se saisir de cette crise comme d’une chance pour construire des modèles économiques et sociaux qui nous permettront de « prospérer sans croissance ». Faute de quoi, peut-être eût-il mieux valu rester des singes…

Profession : Animal de laboratoire d’Audrey Jougla

La journaliste et philosophe raconte son enquête dans des laboratoires français publics et privés, pour un documentaire caméra cachée sur les tests menés sur les animaux et la prise en compte de la souffrance animale.

Écologie et politique d’André Gorz/Michel Bosquet

Des choix de société n’ont cessé de nous être imposés sous couvert de choix techniques. S’il se sert des mêmes outils, le socialisme ne vaudra pas mieux que le capitalisme; s’il perfectionne les pouvoirs de l’État sans favoriser en même temps l’autonomie des communautés et des personnes, il risque de basculer à son tour dans le technofascisme. L’expansion de cette autonomie est au centre de l’exigence écologiste. Elle suppose une subversion du rapport des individus à leurs outils, à leur consommation, à leur corps, à la nature.

Ce livre est impressionnant ! Écrit en 1975, il reste tout à fait pertinent aujourd’hui !

Écologica d’André Gorz

« Que nous sommes dominés dans notre travail, c’est une évidence depuis cent soixante-dix ans. Mais non que nous sommes dominés dans nos besoins et nos désirs, nos pensées et l’image que nous avons de nous-mêmes. C’est par lui, par la critique du modèle de consommation opulent que je suis devenu écologiste avant la lettre. Mon point de départ a été un article paru dans un hebdomadaire américain vers 1954. Il expliquait que la valorisation des capacités de production américaines exigeait que la consommation croisse de 50 % au moins dans les huit années à venir, mais que les gens étaient bien incapables de définir de quoi seraient faits leurs 50 % de consommation supplémentaire.
En partant de la critique du capitalisme, on arrive donc immanquablement à l’écologie politique qui, avec son indispensable théorie critique des besoins, conduit en retour à approfondir et radicaliser encore la critique du capitalisme. Je ne dirais donc pas qu’il y a une morale de l’écologie, mais plutôt que l’exigence éthique d’émancipation du sujet implique la critique théorique et pratique du capitalisme, de laquelle l’écologie politique est une dimension essentielle. »